Femme non rééducable

Stefano Massini

 

Anna Politkovskaïa, journaliste russe. Continue.

Elle continue à écrire, à raconter la Tchétchénie. Alors que la guerre est finie.

Est-elle si finie ? Jusqu’où finit une guerre, on ne saurait le dire, tant tout est démuni sur place, et que l’espoir a peine à renaître. Le pouvoir est aux mains d’un valet de Moscou, les militaires sont tout puissants, la nourriture est rare et mauvaise, le temps même semble armé : il est gris, vaseux, froid comme fer. Alors peut-on dire que cette guerre est finie ?

Il y a la menace de la faim, la menace du froid, l’absence, le silence puis le bruit assourdissant des détonations, des effondrements, des passages de tanks.

C’est détruit par ici. Les lignes interrompues, les files d’attente loqueteuses aux soupes populaires, les vies errent et se raccrochent par moment à ce qu’elles trouvent de vivant.

Anna continue son travail de reporter, au beau milieu des ruines. Ce sont ses pensées, ses notes, des observations, des sensations, c’est le journal de la journaliste, son œil intime, sa parole courageuse aux soldats, son audace, sa mort assassinée, dans un hall d’immeuble. Moscou dit qu’elle est non rééducable. On ne peut rien faire pour qu’elle rentre dans le rang, elle est trop libre et parle bien trop haut. Non rééducable on dit.

Stefano Massini écrit d’une plume à lire. Ses mots sont incisifs et poétiquement résonnants. Ils sont les sons qu’il faut, qui permettent de se rendre compte, de plonger dans les instants tchétchènes aux côtés d’Anna. On se dés-éduque avec elle à chaque paragraphe, on aime se dés-éduquer de ce régime autoritaire, qui n’admettra pas la voix subversive d’Anna et fomentera son empoisonnement d’abord puis son assassinat. Stefano Massini donne voix aux jeunes soldats, à Anna, à Ramzan Kadyrov, pour situer les choses, Beslan, Grozny, les attentats, les mensonges d’état. Le texte est captivant.

Avec Léa Good

Mise en voix et en espace Ilène Grange

Amnesty International Sud Ardèche

Lycée Gimond Aubenas

Ville de Sarran

2016 – Représentations scolaires Lycée Gimond d’Aubenas avec débats

2017 – Mars Médiathèque de Sarran